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    Sepsis: Plein de vie- 13 janvier 2012

    Photo: André Picard / Code Culture

    SEPSIS: PLEIN DE VIE

    Sepsis est le dernier opus d’une tétralogie portant sur la disparition amorcée en 2007.On parle de mort, d’histoires inachevées, d’actes manqués. Le Théâtre Péril pousse la proposition jusqu’à nous faire témoins de confessions posthumes. La scénographie (Jean-François Labbé) s’emploie à jouer avec les perspectives. Nous sommes mis en porte-à-faux au dessus d’un réfrigérateur de morgue avec ses tiroirs coulissants (et bruyants).

    Littéralement, le toit se détache, devant nous. Mandibule ouverte, nous laissant entrevoir les cadavres, aux passés obscurs, se raconter une dernière fois. Ainsi, le toit décalotté vient nous aveugler de ses néons froids et nous fait visiteurs privilégiés. Le Théâtre Péril reste fidèle a son esthétisme clinique et aseptisé ayant caractérisé ce cycle dramaturgique. L’éclairage (Martin Sirois) et la musique (Christian Lapointe) soutiennent efficacement l’ensemble de l’œuvre. Une tension toute macabre se développe assez rapidement, il est troublant de sentir le malaise s’installer dans l’assistance quand les corps glissent de leur tiroir avec un bruit mécanique lugubre. Bien que Lapointe soit à mille lieux d’un théâtre réaliste, nous y sommes. Nous croyons à  l’existence de ces nouveaux-morts.

    On nage dans la métaphysique. La trame narrative est uniquement composée de soliloques, ils sont récités par les défunts d’un ton éthéré, détaché. De leur tiroir réfrigéré, les histoires anecdotiques s’enfilent jusqu’à s’enchevêtrer l’une à l’autre, tel un métier à tisser brodant une courtepointe d’humanité. Une véritable installation vidéo est aménagée au mur. Nous voyons les personnages, réciter inlassablement, plusieurs répliques. Elles font échos à ce qu’un ou l’autre des protagonistes a dit auparavant sans qu’il n’y ai eu d’interactions véritables entre eux.

    Sepsis est un objet étonnant. Une vrille  nous plongeant vers les abîmes. Sepsis, c’est aussi un purgatoire, une salle d’attente en verre nous laissant pantois.  Un saut hors du temps, tel que nous le concevons. Sepsis, c’est ce que nous anticipons, imaginons, faute de données concrètes sur ce qui nous attends tous. Cette pièce est courte, une heure. On en ressort en se disant que la mort se doit d’être distillée à dose homéopathique; C’est qu’on n’a pas l’habitude de la côtoyer de si près en occident. À cet effet, on sent bien l’éditorial de l’auteur derrière ces symbolismes. La mort qu’on cache, au profit d’images niant cette réalité. Un sourire blanc, étincelant, loin de la maladie et des fatalités.

     

    Tout le long de  cette cérémonie mystique, la poésie de Lapointe vient marquer le territoire inexploré. :

    Je vis la mort chaque jour
    Je rêve la vie chaque nuit
    Et parler de soi, c’est tellement à la mode
    Les autres c’est passé date.

     

    Sepsis c’est aussi la vie. Puisque sans mort, nous savons tous qu’elle s’annihile.

    «C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans.» disait Félix.

    Il avait bien raison.

               

    Dernière représentation 14 janvier / salle multi de Méduse /20h.

    Et du 17 au 21 janvier / la Chapelle / Montréal.

    Open Mic

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